amarr empire : Sindrac le troisième

Sindrac se leva, trois magnifiques femmes entrèrent dans sa chambre décorée avec gout.
Les bas-reliefs, conçus par l’un des plus grands artistes en vogue dans sa famille évoquaient des scènes marines, lui rappelant chaque jour sa planète d’origine.
Ses servantes l’aidèrent à revêtir sa tenue de cérémonie, indispensable pour le conseil journalier de sa famille et la cérémonie religieuse qui suivrait.
Paré de ses vêtements et des bijoux associés il se dirigea vers la salle de conseil accompagné par sa conseillère en chef, une ancienne esclave Minmatar qu’il avait affranchi quelques années auparavant.

Siléna était ses yeux et ses oreilles dans le palais, personne ne faisait réellement attention à elle et elle était au courant de beaucoup d’informations qui lui seraient restées inconnues sans son aide.

Elle marchait trois pas derrière lui, tenant sa traîne selon un protocole datant de plusieurs siècles.

Il entra dans la salle du conseil, son père trônant sur le fauteuil du patriarche comme à son habitude.
Il s’assit à sa place.
En tant que troisième fils de sa famille il était relégué à un rang consultatif.
Ses deux ainés géraient l’un les affaires militaires, l’autre l’aspect religieux.

Cela ne le gênait pas le moins du monde, il était finalement le plus libre des trois et ses activités ne regardaient personne tant qu’il n’interférait pas avec celles de ses deux frères.
Il était passé maître dans l’art d’avoir l’air intéressé, alors que finalement la routine et le protocole lui pesait énormément.

Il finit par tendre l’oreille quand son frère fit le compte rendu d’un de leur dernier raid sur une planète matarr de la bordure de leur domaine.
Père leva les yeux vers son frère.
Aussitôt Sindrac sentit la tension s’élever d’un cran dans la salle.

« – Pourquoi ce raid Sindrac le premier ?
– Nous avions besoin d’esclaves et ces sous hommes avaient besoin d’une leçon ! »

Sindrac sentit Siléna se tendre comme une corde d’arc dans son dos, décidemment, son frère n’avait jamais été très…Diplomate. Engoncé dans son rôle, il n’avait jamais appris que tout le monde était utile.

Son père se leva, signe d’une tempête imminente.

« – Qu’en est-il de mes ordres ? J’avais ordonné que l’on laisse tranquille ces voisins qui ne représentait qu’une infime menace.
– J’ai pensé…
– Non ! Tu n’es pas équipé pour penser mon pauvre fils. Tu es certes courageux et fier mais tu es aveuglé par ta haine. Nous avons perdu des battleships et d’après ce que j’ai appris tu n’as pas détruit la meute. »

Il se tourna vers Sindrac le troisième qui ne put s’empêcher de sursauter.

« – Que ferais tu, toi ?
– Moi Père ?
– Oui, toi ! L’indolent, le troisième ! »

Sindrac s’agita sur sa chaise, nul doute qu’aucune réponse ne serait la bonne. Il était tiraillé entre son Père et son frère rouge de honte et de colère qui lui ferait payer toute réponse n’allant pas dans son sens.

Son Père remarqua son trouble et sourit.

« – Alors ?
– Je relâcherai les esclaves capturés, et tenterai de communiquer avec eux pour trouver un arrangement. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre d’autres forces alors qu’il est évident que l’impératrice nous appellera sous peu. L’honneur de la famille est en jeu.
Que nous importe des esclaves supplémentaires. »

Son père le toisa…

« – Tu iras donc.
– Mais Père… »

Son Père lui tourna le dos mettant fin à la discussion de ce fait.

Sindrac le troisième croisa le regard du premier et compris immédiatement qu’il ne reviendrait jamais de son expédition.
Son frère voulait la guerre, voulait le pouvoir.
Sa disparition serait une opportunité parfaite pour légitimer une attaque en règle des Minmattar à portée.

L’appel de la prière résonna dans la salle. Il se leva et suivit la procession qui emmena toute la famille vers la chapelle sacrée.
La cérémonie dura une heure, une heure pendant laquelle il fut tiraillé entre l’impatience de se mettre en action et la peur de ne jamais plus voir un lever de soleil par la baie de la station.

Une fois de retour dans sa suite, Siléna l’aida à retirer sa tenue d’apparat sans un mot.

« – Siléna ?
– Oui Maître ?
– Inutile de respecter le protocole nous sommes seuls et… »

Elle lui fit signe de se taire.
Elle sortit un petit appareil de sa poche, appuya sur un bouton et se colla à lui.
Il se sentit devenir écarlate dans la seconde, elle le regarda en souriant.

« – Nous pouvons parler maintenant, cet appareil va truquer tous les enregistrements de la chambre, il a une portée limitée…
– Mon frère a fait si vite ?
– Oui, mais moi aussi, des gardes discrets et fidèles nous protègent, mais je n’ai rien pu faire pour les holos disséminés partout.
– Que vais-je faire maintenant, mon frère est dangereux.
– Tu vas faire ce que tu dois, libérer les esclaves, les rendre à leur Terre et prier ton dieu que la meute te laisse parler assez longtemps pour t’expliquer.
– Et mon frère ?
– Laisses ton frère où il est. Il sera toujours temps de s’en occuper le moment venu. »

Elle s’éloigna et éteignit le brouilleur.

Elle lui amena une tenue plus sobre mais richement décorée. Elle l’aida à s’habiller comme à son habitude.
Ils sortirent de sa suite et s’enfoncèrent dans les coursives pour se rendre vers le quartier de détention.
Contrairement au protocole il entra directement dans le hall de stockage sous le regard courroucé du chef de sécurité.
Près de deux cents personnes étaient, qui assit qui debout, entassées dans ce hangar qui ne comportait que le confort minimum.
Ils étaient là, jeunes, des deux sexes attendant le tri et leur affectation au service de riches habitants de la station.

Sindrac ne s’avança pas plus dans la salle.

« – Bonjour, qui est votre chef ? Je dois lui parler ! »

Un jeune homme, un peu plus vieux que les autres, s’avança. Fier.

« – C’est moi, que me veux-tu esclavagiste ? »

Sindrac bascula en minmatarr, langue qu’il maitrisait facilement grâce aux cours de Siléna.

« – Je suis chargé de vous rendre à votre Terre. Tous sans exception. Je voulais vous prévenir.
– Ce n’est pas drôle.
– Non ce n’est pas drôle en effet, mais plus que de devenir esclave je me trompe ? Je vais vous faire livrer de quoi vous nourrir et des prêtres médecins vont passer pour soigner vos blessures s’il y a lieu.
Faites-leur un accueil correct ils ne seront certainement pas contents de se mêler à vous. »

Sindrac se retourna après avoir salué son interlocuteur d’un signe de tête à la Minmattar et sortit du hangar pour se diriger vers le chef de la sécurité.

« – Vous ferez porter de la nourriture et convoquerez des prêtres pour les soigner. Si l’un des captifs meurt, tu verras un membre de ta famille suivre le même chemin. Ils devront être prêts pour embarquer dans ma nef personnelle dans dix heures.
– Bien Maître. »

Sur le chemin du retour, il s’adressa à Siléna.

« – Ce n’était pas leur chef, n’est-ce pas ?
– Bien sûr que non. Tu ne sauras jamais qui les dirige, ni même si quelqu’un ne les dirige d’ailleurs.
– J’ai bien retenu tes leçons. Vous êtes un peuple fascinant. »

Dix heures plus tard, Sindrac était sur la passerelle de sa nef avec Sélina, un prophecy modifié pour le transport VIP et qui servait de plateforme diplomatique lors des réunions officielles de la famille avec les dirigeants amarr.
Sélina avait sélectionné l’équipage parmi les fidèles de Sindrac pour éviter une mutinerie.
Les esclaves avaient été installés dans les multiples cabines d’invités. Ils étaient un peu serrés mais le trajet serait court de toute façon.

« – Capitaine vous pouvez aligner, droit sur notre destination. »

Quelques heures plus tard ils étaient en visu de la planète Minmatar.
Le prophecy entra dans l’atmosphère et se posa sur une plaine aride.
Les esclaves furent débarqués et se dispersèrent rapidement, la plupart d’entre eux avaient l’air hagard, comme s’ils ne croyaient pas à leur chance.
Sindrac les regardait s’éloigner à travers la baie de la passerelle.
Finalement ils étaient plus libres que lui.

Il soupira et ordonna le décollage, inutile de rester dans les environs plus longtemps.
Siléna lui posa la main sur l’épaule.

Ils furent interceptés à la périphérie de l’atmosphère.
Aucune communication ne fut envoyée avant l’assaut, profitant de l’abri d’une barrière d’astéroïdes la meute avait attendu le bon moment pour attaquer.
Une explosion retentit dans la passerelle, il fut projeté en avant. Puis plus rien.

Il ouvrit les yeux et inspecta son environnement.
Il était dans ce qui ressemblait à une caverne. La lumière crue du soleil entrait par les trous dans le rideau qui cachait l’entrée.
Siléna entra.

« – Salut Sindrac ! comment te sens tu ?
– Bonjour Siléna. Ou suis-je ? »

Elle était habillée à la mode minmatar, ses cheveux tressés avec soin la rendait encore plus belle.

« – Tu es mort, et te revoilà vivant Sindrac. Tu es dans le refuge de la tribu du jaguar.
– Mort ?
– En tout cas c’est ce que ton frère dit.
– Je dois…
– Rien, tu ne dois rien faire. Ton père n’a même pas versé une larme, tu étais dispensable. Tu peux désormais vivre ta vie sans te soucier d’eux.
– Mais ils vont lancer des représailles !
– Non, ton père et ta famille ont été appelés à la cour de l’impératrice. Ils n’ont laissé qu’une force minime. Nous ne craignons plus rien. Et toi non plus.
– Pourquoi ?
– J’ai expliqué ce que tu avais fait. Mes frères te tolèreront désormais. Tu deviendras membre de la tribu après le mariage.
– QUEL MARIAGE ?
– Le nôtre. Chaque homme de la tribu doit prendre femme, nous avons perdu trop de monde lors du raid, c’est une mesure normale chez nous. »

Elle lui fit un clin d’œil.

« – Tu aurais pu tomber plus mal. »

Il se leva et s’habilla facilement, sa tenue était pratique et confortable.
Il sortit de la caverne et profita de la vue qui donnait vers la plaine aride s’étendant en contrebas. Les deux soleils étaient magnifiques à cette heure.

Siléna l’avais suivi.
Il la prit dans ses bras.

« – Je crois que je peux m’y faire » …

Il se sentait libre pour la première fois.

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